Redonner vie à un chef-d’œuvre italien en bronze du 14e siècle avec Artec Spider

04/06/2020

Par Matthew McMillion

Lorsque l’orfèvre, sculpteur et architecte italien Andrea Pisano a mis la touche finale aux portes en bronze ornées qu’il avait créées pour le baptistère de la cathédrale de Florence en 1336, il ne pensait pas que, douze ans plus tard, la peste noire frapperait l’Italie depuis la mer et entamerait sa marche dévastatrice à travers l’Europe. La population de Florence ne s’en remettrait pas complètement avant 500 ans. Toutefois, lors des décennies précédentes, les citoyens, artistes et marchands locaux avaient beaucoup de raisons de faire la fête.

Le portail en bronze d’Andrea Pisano, debout et en train d’être scanné avec Artec Spider

Dante et plusieurs autres illustres figures de la Renaissance ont été baptisés dans le baptistère de la cathédrale, qui aurait été érigé pour la première fois à la fin du IVe siècle ou au début du Ve siècle de notre ère. Il a fallu néanmoins attendre l’année 1329 pour que la puissante et influente Guilde des marchands de tissus de Florence, responsable de l’entretien du baptistère, décide d’en remplacer la porte en bois par des portes en bronze.

Andrea Pisano a reçu l’honneur de créer ce qui deviendrait le premier portail du baptistère, initialement installé sur le côté est de l’édifice avant d’être plus tard déplacé sur le côté sud.

Le baptistère de Florence, vues intérieure et extérieure

Après avoir été dévoilées par Pisano, les gigantesques portes en bronze coulé sont rapidement devenues la fierté de Florence. Leurs 28 panneaux finement sculptés en relief aux différents motifs et formes géométriques ainsi que les 20 scènes de la vie de Jean le Baptiste ont captivé l’imagination d’innombrables citoyens et pèlerins.

Pourtant, au cours des 680 années écoulées depuis que les portes massives de 8 tonnes avaient été érigées pour la première fois, celles-ci s’étaient considérablement détériorées en raison des conditions météorologiques et de la pollution. Qui plus est, au fil des siècles, une concentration de sels instables avait lentement rongé le bronze, détruisant l’œuvre d’art elle-même.

Dans le cadre d’un projet de conservation culturelle sponsorisé par l’Opéra di Santa Maria del Fiore, la décision a été prise de remplacer les portes de Pisano par des répliques exactes. Les deux autres portails du baptistère, situés sur les côtés est et nord de l’édifice, avaient déjà été remplacés plusieurs années auparavant. Ne restait plus que celui de Pisano.

Pour réaliser cette entreprise à plusieurs étapes, l’Opéra s’est associé à la Galerie Frilli, un studio d’art florentin célèbre à travers l’Italie et dans le monde entier pour son exigence sans faille de la maîtrise artistique. Du début à la fin, la Galerie Frilli a inlassablement coordonné les efforts de dizaines de spécialistes talentueux.

Lancé en 2016, le projet de restauration a duré trois ans. Si les portes est et nord avaient des plâtres, ce qui permettait la création de doubles, ce n’était pas le cas des portes sud de Pisano. Compte tenu des surfaces complexes des portes et de l’œuvre d’art ainsi que de la nécessité de les reproduire à la perfection, l’équipe chargée de la restauration a décidé de recourir au scan 3D pour ce projet.

Après un examen attentif des entreprises qualifiées capables de mener à bien un projet d’une telle importance culturelle, ils se sont tournés vers les spécialistes chevronnés de Prototek, un fournisseur de services de scan/impression 3D situé à Valenza, en Italie. Fort de plusieurs années d’expérience en numérisation, design 3D, et services de production 3D, Prototek n’a pas hésité un instant lorsqu’elle a été invitée à participer à cet important projet de conservation culturelle.

Pour reprendre les propos d’Andrea Barchi, directeur des opérations de Prototek : « Nous étions honorés de participer à ce projet à plusieurs étapes car il revêtait une importance immense pour les Florentins et tous les Italiens. Les résultats que nous avons atteints, désormais visibles à tous ceux qui passent devant le nouveau portail, témoignent de la qualité de notre travail, et c’est quelque chose que nous sommes prêts à offrir à tous nos clients, quelle que soit la taille ou la complexité de leurs projets. »

Après avoir été soigneusement retirées du baptistère, les deux portes géantes (4,94 mètres de haut et 2,95 mètres de large pour un poids d’environ 8 tonnes) ont été remises à des maîtres restaurateurs, qui ont méticuleusement et délicatement réparé les dommages et fait disparaître l’oxydation accumulée au fil des siècles. Jour après jour, le labeur des restaurateurs a permis à la dorure originale et aux magnifiques détails de l’œuvre d’art de Pisano de réapparaître.

Pause dans la session de scan 3D avec Artec Spider

Puis le scan 3D a commencé. Prototek a choisi Artec Spider pour numériser chaque panneau finement sculpté des portes en bronze de Pisano. Selon Andrea Barchi, « Artec Spider est le scanner 3D par excellence, sur lequel nous nous sommes appuyés à maintes reprises pour nos tâches de scan les plus cruciales exigeant les niveaux les plus élevés de précision et une numérisation extrêmement réaliste. Il est tellement agréable à utiliser, avec l’affichage des résultats en temps réel sur l’écran de l’ordinateur portable. Spider est si avancé qu’avec lui, nous avons pu rétro-concevoir presque n’importe quel petit objet, d’un inestimable vase cloisonné du début de la dynastie Qing, à de petits composants de turboréacteur pour un moteur de Rolls Royce Trent 500, et quantités d’objets entre les deux. »

Réalisation d’un scan par balayage des panneaux de bronze originaux avec Artec Spider et Artec Studio (arrière-plan)

En tout, la phase de scan 3D du projet n’a pris que 10 jours, au cours desquels les 28 panneaux originaux de Pisano ont été numérisés en haute résolution couleur et transformés en modèles 3D époustouflants.

« Nous utilisons d’autres scanners 3D qui doivent être posés sur un support ou un trépied pour pouvoir scanner. Le fait que Spider soit léger et portable a permis à notre technicien de le déplacer aisément autour de chaque panneau et de scanner celui-ci rapidement et facilement. Les scans purs et la vitesse d’acquisition de Spider ont réduits au minimum la taille des fichiers et la durée du post-traitement », commente Barchi.

Après la numérisation, les scans de Spider ont été traités dans Artec Studio. « Notre technicien en scan a simplement traité les scans dans le logiciel Artec Studio, qui offre une palette d’outils pour l’édition de données 3D : suppression des données indésirables, alignement et enregistrement des scans, et enfin leur exportation en modèles 3D prêts pour ZBrush et Meshmixer, que nous avons utilisé pour travailler de plus près avec les détails et les géométries complexes des panneaux, explique Barchi. En ce qui concerne ZBrush, nous l’avons utilisé pour reconstruire certains détails manquants sur plusieurs panneaux. »

Préparatifs avant le scan de chaque détail complexe des panneaux sous tous les angles nécessaires avec Artec Spider

Les modèles 3D ont ensuite été envoyés sur une imprimante sPro 230 SLS (frittage sélectif par laser) 3D Systems pour être imprimés en 3D en tant que panneaux positifs de 500mm x 500mm en PA12. Une fois prêts, les panneaux ont été envoyés à la Fonderie artistique Ciglia & Carrai, qui a créé les moules en silicone négatifs à partir des panneaux positifs. Ces moules négatifs ont ensuite servi à mouler les reproductions finales en bronze via le moulage à la cire perdue.

Andrea Barchi de Prototek avec un panneau positif en PA12, prêt pour la fabrication du moule négatif en silicone

Une fois les moulages entièrement refroidis, les artistes et les artisans de Ciglia & Carrai se sont mis au travail, peaufinant et polissant délicatement les détails anatomiques, les mains, les pieds, les vêtements, et d’autres éléments, ramenant fidèlement à la vie toutes les lignes, formes, et courbes de l’œuvre originale de Pisano.

Un spécialiste de Ciglia & Carrai en train de mettre la touche finale sur un panneau en bronze

Après la finition, un processus final était requis, lors duquel des acides ont été soigneusement versés sur la surface de chaque panneau de bronze pour oxyder naturellement le métal et donner un aspect ancien et authentique au chef-d’œuvre.

Une fois les panneaux prêts, un mois a été nécessaire avant que tous les éléments des portes soient assemblés, donnant lieu à un résultat final spectaculaire.

Lors de la cérémonie d’installation, aussi bien les habitants que les visiteurs de Florence ont regardé avec admiration et émerveillement l’œuvre réalisée par Pisano au XIVe siècle renaître de la plus élégante et la plus fidèle des façons, grâce aux technologies du XXIe siècle et au travail remarquable des spécialistes de Prototek et de Ciglia & Carrai.

Le moment tant attendu lors de la cérémonie de dévoilement, lorsque la foule a vu pour la première fois le nouvel et impressionnant portail

Aujourd’hui, les portes reproduites ont pris la place occupée par les originales pendant des siècles : sur le côté sud du baptistère de la cathédrale de Florence, où elles attireront sans nul doute des regards admiratifs et curieux pendant encore des générations.

Concernant le recours au scan 3D pour les tâches de conservation culturelle, Andrea Barchi commente : « Jamais auparavant la technologie n’avait-elle été capable de satisfaire aussi pleinement les besoins des musées et des sociétés historiques pour sauver nos plus précieux artefacts et monuments historiques. Ici, en Italie, et dans toute l’Europe, tant de créations inestimables de nos ancêtres se détériorent, voire pire. Mais, désormais, ce patrimoine remarquable peut être numérisé et ramené à la vie à l’aide des dernières avancées en scan 3D, tel Artec Spider. »

Barchi poursuit : « Qui plus est, une fois que ces objets ont été scannés et transformés en modèles 3D, un musée peut les utiliser en laissant libre cours à son imagination. Par exemple, les portes de Pisano peuvent maintenant être imprimées en 3D à petite échelle pour que les visiteurs du musée puissent les prendre en main, ou les modèles 3D peuvent faire partie d’une exposition en réalité virtuelle ou augmentée, où même les visiteurs vivant de l’autre côté de la planète pourront s’approcher de ces portes incroyablement réalistes. »